L’allégorie de la caverne mentale.

Ces temps-ci je prends l’autobus et je constate plusieurs choses. D’abord on se fait toujours une image mentale des choses avant de les connaître vraiment, et pour l’autobus, cette image est pas très glorieuse. Fait frette pour se rendre, faut chaud rendu d’dans, trop d’monde, coûte cher, m’tente pas c’est long.

Et on réalise finalement que c’est pas si pire, et en fait on s’y plaît bien. Ça nous amène dans les recoins de la race humaine. On y trouve des gens fortement déplaisants et d’autre bien trop dévoués. Des fois on s’ramasse super nostalgique à vivre un grand moment d’amour envers la race humaine (quand y’a une bonne toune de feeling dans notre iPod, principalement) et on regarde par la fenêtre en pensant à toutes les belles choses qu’on a devant nous.

D’autres fois on est tannés de la fille qui parle trop fort, du gars qui sent l’anus pis de l’autre qui s’démorve à s’en arracher l’nez depuis 15 minutes pis on prie le seigneur pour que le chauffeur skip tous les arrêts jusqu’au nôtre.

Cette semaine il y avait une dame qui est rentrée seule, s’est assise à côté d’un étudiant et s’est mise à parler, seule aussi. Elle s’adressait pas à son comparse de banc vraiment, elle s’adressait comme à la population en générale, sa population mentale. Ses phrases étaient pas trop cohérentes non plus, ça s’en allait sur tous les sens avec un p’tit 2-3 sacres par-ci par-là. Et là elle s’est mise à parler un peu plus en direction du-dit gars. Et il s’est viré et s’est mis à lui répondre. Et je me suis dis, wow. Cette femme un peu déconnectée voulait visiblement parler avec quiconque (ou quoiconque) et lui s’est dit, tiens pourquoi, moi je vais lui parler.

Et tout le monde a un peu détourné son regard vers cette conversation incongrue, le jeune gars qui répond avec un intérêt sincère à la dame un peu aliénée qui ne parle plus toute seule pour la première fois en je n’sais pas combien de jours. Et j’ai eu l’impression là, à ce moment qu’on a un peu tous appris quelque chose. Y’avait pas d’iPhone qui le filmait pour qu’il mette ça sur son mur  Facebook comme Smart-Nomination, y’avait pas de filles tout près qui auraient pu lui valoir un motif d’essayer une nouvelle technique louche de cruise. C’était juste un gars, bien ordinaire, qui a décidé d’offrir un peu de conversation à une dame bien seule. Juste une bonne action fondamentale, sans avoir besoin d’être reconnu et valorisé par tous pour son acte.

Eh bien toi, cher gars de la 7 en un matin gris, voici ma tribune et je te dis merci parce que tu m’as appris bien des choses avec ton simple geste peut-être anodin.

XX

sourire

 

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Un avis sur « L’allégorie de la caverne mentale. »

  1. Je reconnais la dame de ton histoire.
    L’ai croisé dans la bus 7 quelques fois.
    La première je m’en souviens bien.
    Elle entame une grande discussion, à haute voix, pour elle même.
    Elle parle d’un certain maitre, d’une certaine secte.
    Maitre qu’elle disait devoir suivre, écouter l’enseignement, faire confiance.
    Drôle de discussion solitaire. J’en conviens.
    J’écoute, en silence, comme tout le monde, j’imagine.
    Là, le voisin d’en arrière me tape sur l’épaule. Me dit :
    – Pas mal capoté la vieille, hein.
    Autre passager acquiesce.
    Et là, une sorte de complicité emporte une bonne partie des passagers.
    Qui se mettent à parler tout bas, ensemble, de la femme qui parle toute seule.

    Drôle d’image me vient.
    D’abord je me dis que parler seul, c’est pas si fou que ça.
    Quand on y pense.
    C’est penser à voix haute.
    Y a-t-il un mal à ça?
    Sinon en essayant de pas crier et de déranger les autres.
    Pas pire qu’une personne qui parle au cellulaire dans un bus.
    Ou un type qui skype dans un café.
    Ou deux personnes qui parlent, simplement.
    Parler à voix haute, c’est seulement penser à voix haute.

    Des fois je me dit, imagine toutes les rencontres qu’on ferait si plusieurs pensaient, parfois, à haute voix.
    Les gens qu’on croise seraient moins anonymes.
    … Entendre quelqu’un penser devant une librairie sur un auteur que j’aime bien. … Saisir que quelqu’un se demande quoi faire avec ces topinambours à l’épicerie.
    … Ou entendre quelqu’un penser à son voyage en Turquie. J’interviendrais !
    Toutes sortent d’images me sont venus dans ce drôle de bus.
    La plus importante.
    Reste celle-ci.
    Cette dame, qui parlait seule, a bien réussi à faire parler et rire et rendre complices plusieurs personnes. Qui étaient bien mornes, braqués dans leur silence et solitude quotidienne.
    Juste ça, c’est beau comme tout.
    Mais j’ai quand même arrêté ce drôle de moment et suis parti jaser avec la dame.

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